Non négociable
« Quand la réforme sert d'habillage aux suppressions de postes, c'est non négociable ! » Hélène Chazalon, professeur de Lettres au lycée Bréquigny, résume l'état d'esprit de cette première grève et manifestation depuis la rentrée dans l'Éducation nationale.
Les lycéens en force
Hier, ce sont les lycéens qui formaient le gros des 2 500 manifestants qui ont pris la tête du cortège. Partis de l'inspection d'académie, ils s'inquiètent de la réforme : « On aura tous des diplômes différents qui n'auront pas la même valeur pour accéder à l'enseignement supérieur et au monde du travail, explique Jules Lavalou, porte-parole NPA, lycéen à Chateaubriand. Il y aura davantage de sélection. On dénonce également les mesures sécuritaires et les suppressions de postes. »
Classes chargées
Des suppressions déjà vécues par les enseignants. « On a trois 1re L à 37 élèves, des 1re « adaptation » qui sont passées de 15 à 35 élèves », insiste Emmanuelle Coudret, prof de Lettres. Le bac pro en 3 ans est également décrié. « Cela veut dire moins de temps pour apprendre, revendique Simon, lycéen en TS à Joliot Curie. La suppression du BEP fera que des jeunes seront sans diplôme. »
Inquiétudes sur certaines disciplines
Sur les disciplines, les professeurs d'histoire-géo s'indignent, « la discipline devient optionnelle en terminale S, davantage d'heures en 1re mais une heure de moins en seconde, explique Marie Cotty, du lycée Joliot-Curie. On nous parle de soutien, d'accompagnement, même pendant les vacances, ça plaît. Mais dans le même temps, on aura moins de cours dédoublés. » Les enseignants de sciences économiques et sociales font aussi grise mine. « Le ministre est habile pour faire croire qu'il y aura de l'économie pour tous, en seconde, expliquent Yves Le Rolland du lycée Zola et Geneviève Denes, de Jacques-Cartier à Saint-Malo. En réalité, on se sent en voie de disparition... On passe de 2 h 30 à 1 h 30 par élève. Quand on entend parler d'exploration, c'est très surprenant. Sans compter que ce sera la foire d'empoigne dans les établissements pour les dédoublements de cours, avec un risque de concurrence entre les établissements et les disciplines. »
Masterisation
Quelques étudiants étaient dans le cortège « mais la période d'examens n'est pas propice à la mobilisation », souligne Amandine Escherich, présidente de l'Unef à Rennes. La masterisation des diplômes est toujours redoutée, « avec un calendrier aberrant », dénonce Frédérique Le Borgne, enseignante de mathématiques. « Un an de plus de formation, une rentrée plus tardive dans le métier et des personnes moins bien formées. On est perdant sur toute la ligne. »
Grève peu suivie
La suppression des réseaux d'aide, le recours à des jeunes étudiants en formation pour assurer les remplacements, la baisse de la scolarisation de 2 ans sont également dénoncés avec une déception : la mobilisation. Le rectorat annonçait 17, 2 % des enseignants du 1er degré, 19, 3 % des enseignants de collège, 9,7 % des enseignants des lycées professionnels, 12,1 % des lycées généraux et technologiques, 9 % des personnels Atoss en grève. « Les enseignants, même s'ils ne sont pas en grève, font remonter des difficultés, témoigne Évelyne Forccioli, du Snu-IPP. Malgré les menaces de sanction, il faut continuer de donner notre avis et d'investir la rue. »

